Les arrestations

Le 10 mai 1940 la Deuxième Guerre Mondiale a commencé pour notre pays. Tout de suite les autorités faisaient interner un nombre de personnes, que les autorités avaient déjà reprises sur la liste des proscriptions comme un danger pour l’Etat. Parmi tous les arrêtés politiques, emprisonnés sans aucune justification, à la prison communale du “Pandreitje” 78 personnes ont été déportées à destination de Dunkerque, Béthune et plus loin Abbeville, où elles ont été transférées aux militaires français le 19 mai 1940. Les Français n’etaient pas mieux informés qu’il s’agissait de collaborateurs, membres de la cinquième colonne assistant les Allemands lors de leur invasion. Les Français enfermaient les prisonniers dans la cave du kiosque de musique à Abbeville.

Le 20 mai 1940 l’armée allemande était sur le point de s’emparer de la ville. Quelques militaires voulaient éviter que les prisonniers allaient être libérés par les Allemands. En groupes de quatre ils sortaient les arrêtés de la cave en les fusillaient. Les fusillades continuaient jusqu’à l’intervention du lieutenant français Leclabart mettant fin au carnage. Finalement ce massacre à Abbeville coûtait la vie à 21 personnes.

Quatre victimes brugeoises

Parmi les 21 victimes il y avait quatre Brugeois:

Louis Caestecker naquit le 21 juillet 1912 à Bruges. Le jeune plombier n’était pas actif sur le plan politique, mais avait un copain communiste. Louis était soupçonné d’avoir des sympathies pour l’Union Soviétique – à l’époque un allié de l’Allemagne naziste. Ceci conduisait Louis sur la liste des proscriptions. Le 10 mai la police venait pour l’arrêter, mais il n’était pas chez lui. Sur l’avis de sa mère, Louis allait s’annoncer lui-même plus tard le jour même : en effet il n’avait rien à cacher. Il était enfermé et ensemble avec 77 autres déportés vers la France, pour être fusillé à Abbeville.

Maria Ceuterick naquit le 6 août 1879 à Gand. Sa fille avait épousé l’architecte néerlandais Ernst Warris qui à son tour en tant que protestant néerlandais avait acquis très peu de sympathie à Bruges la catholique. Le 10 mai Ernst Warris rendait visite de malade à sa mère à Rotterdam. Son ménage - belle-mère, épouse et fille – restait à Bruges. Au moment où la police venait pour arrêter Ernst Warris il n’était pas chez lui. Suite à cette absence la police saisissait trois femmes, les emprisonnait d’abord au commissariat de police dans la Hoogstraat (rue Haute) et ensuite à la prison du ‘Pandreitje’. Eux aussi ont été déportées vers Abbeville quelques jours plus tard. Mère et fille échappaient à la mort, mais Maria Ceuterick était entraînée de la cave, tuée de coups de baïonnette, et cassée le crane moyennant des cosses de fusil. Elle était âgée de 60 ans.

Jan Ryckoort naquit le 1er september 1889 à Harelbeke. Il était marié et père de deux enfants. Ce paintre artistique fonctionnait comme secrétaire privé de Joris Van Severen. Ensemble avec van Severen il était déporté vers Abbeville. En suivant Van Severen égalements pour négocier avec les militaires français, ils sont tués tous les deux d’un coup de fusil.

Joris van Severen naquit le 19 juillet 1894 à Wakken et était un des leaders du mouvement frontalier pendant la Première Guerre Mondiale. Après la guerre il devanait député du peuple pour le parti frontalier (Frontpartij), mais s’éloignait de la démocratie parlementaire. En 1931 il fondait le Verdinaso (Verbond van Dietse Nationaal-Solidaristen) (“union de solidaristes nationaux thiois”), un mouvement politique soutenant le Nouvel Ordre. Pourtant Joris Van Severen annonçait qu’il, avec son Verdinaso, allait suivre le roi en le pays dans la résistance contre les Allemands. Au seuil du gouvernement Pierlot se manifestait une discorde s’il fallait interner Van Severen ou pas. Mais avant que quelqu’un ait pu intervenir le convoi était déjà parti pour Abbeville. Là-bas il essayait aux Français de les faire changer d’idée, et les convaincre de l’innocence des prisonniers. Toutefois en vain: les deux étaient exécutés de justice.

Epilogue

Après intervention du lieutenant Leclabart les prisonniers ont été sortis de la cave du kiosque et à nouveau déportés, cette fois-ci direction Rouen, où ils restaient jusqu’après l’armistice du 22 juin 1940. Le 21 mai 1940 l’armée allemande arrivait à Abbeville. A la kiosque on y trouvait les corps des prisonniers meutriés et les faisait enterrer au cimetière communal. Le 11 juin 1940 la justice militaire allemande ouvrait une investigation judiciaire d’abord par l’Abwehr, ensuite par le service secret allemand. Le procès devant la Cour martiale a été mené du 6 au 17 janvier 1942. Les militaires français responsables, le lieutenant Caron et le sergeant Mollet ont été condamnés à mort et exécutés. Le capitaine Dingeon, qui avait donné l’ordre pour les exécutions, avait déjà mouru le 21 janvier 1941 en France Vichy sous des conditions mysterieuses.

En 1978 les autorités belges ont reconnu les morts d’Abbeville comme des victimes de guerre. Les dépouilles mortelles de Louis Caestecker et de Maria Ceuterick ont été transférées vers La Panne et enterrées au cimetière militaire. Les hérétiers de Van Severen et Rycoort s’en sont dérogés. Jan Ryckoort en Joris Van Severen avaient déjà reçu un mausolée le 20 mai 1951 au cimetière communal d’Abbeville, où ils reposent encore toujours.